Kaléidoscope de musées et monuments de par le monde, entre muséologie comparée et tourisme iconographique.
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vendredi 15 juin 2012

Palais de Mattancherry, Cochin, Inde


50 roupies par personne, photographie interdite.


Le palais de Matancherry, du nom du quartier où il est installé, sur la même presqu’île que Fort-Cochin, est aussi appelé « Palais Hollandais ». Chose amusante, puisqu’il fut en réalité édifié en 1555 par les Portugais, premiers occidentaux arrivés dans la région, comme cadeau pour le raja de Cochin, Veera Kerala Varma. Son surnom est en fait du à la restauration assumée par les hollandais en 1663. Malgré ces origines occidentales, le palais est construit dans le style indo-kéralais, avec ses belles charpentes travaillées, de magnifiques plafonds à caissons peints et ses toits rappelant les pagodes chinoises.
Le musée qu’il abrite est dédié à l’histoire de la famille royale de Cochin, à travers des collections éclectiques, allant de la cinquedea au palanquin, en passant par la traditionnelle galerie de portraits.

L'entrée du musée

Dès l’entrée, nous remarquons l’insistance du personnel du musée quant à l’interdiction de prendre des photographies. Souvent en Inde, quand la photographie est interdite (ce qui est courant, entre les temples et les très nombreux musées et monuments qui n’en veulent pas non plus), on ne vous laisse même pas rentrer avec votre appareil, qu’il faut déposer à la consigne. Heureusement ici, même s’il vous couve de regards inquiets, le personnel est assez nombreux pour vous surveiller, et vous permettre de vous promener avec la machine, tant qu’elle reste bien enfermée dans sa sacoche. En avançant dans le musée, la signalétique est très présente « No photography » et « Don’t touch the objects » sont présents dans toutes les salles.

 Détail de l'escalier d'accès au musée

La récurrence de cette interdiction photographique, et la diligence du personnel à la faire respecter (nous avons vu des visiteurs indiens se faire contrôler les cartes mémoires, TOUTES les cartes mémoires, ainsi que les téléphones portables, pendant de longues minutes, par les gardiens, dans ce musée, sur une simple suspicion de photo subreptice) me fait m’interroger sur ses raisons.
J’ai du mal à croire qu’il s’agisse uniquement de mesures de conservation ; dans ce cas précis, le palais de Matancherry abrite de magnifiques peintures murales du XVIe siècle, que les flashs répétés des visiteurs mettraient bien à mal. Cependant, le manque évident de soins quant à la conservation des collections dans ce musée contredit l’idée que l’interdiction de prendre des photos vise à les sauvegarder.
S’agit-il alors d’une questions de droits ? Nous sommes là dans un musée public, sous la direction de l’Archeological Survey of India, mais je ne suis pas assez renseignée concernant les droits privés et publics en Inde ; d’ailleurs, si quelqu’un mieux renseigné que moi sur le sujet passe par ici, qu’il/elle n’hésite pas à m’en parler !
Finalement, j’ai envie de pencher pour la raison tout simplement mercantile, qui permet au musée de vendre plus de cartes postales en empêchant les visiteurs de faire leurs propres photos des œuvres ; mais dans ce cas-là, pourquoi ne pas faire payer le droit photographique, comme de nombreux autres musées et monuments indiens, qui y trouvent une grasse source de revenus (pouvant aller jusqu’à faire payer 500 roupies le droit de filmer pour un étranger, soit une assez belle somme pour ici) ?
Après une petite recherche infructueuse sur le net pour trouver quelques photos à vous montrer de l’intérieur du palais, et au moins de ses fameuses peintures, j’en conclus que décidément, les gardiens font bien leur travail…

Première galerie
Très belle, tout en bois, vernis ou peint, cette galerie expose chaises et palanquins de la famille royale. Certains sont tellement petits que nous avons du mal à croire qu’un humain puisse y rentrer. Depuis, nous avons vu des films en costume utilisant ce type d’objets, et avons constaté que c’était possible !
Tout le long de la galerie, de nombreux sièges permettent (déjà !) de se reposer en admirant les objets et le palais. Ici, nous admirons surtout les dispositifs de mise à distance, beaucoup trop nombreux ; les palanquins sont non seulement protégés par des cordons, marqués des mots « Archeological Survey of India », mais aussi par des grandes plaques de plexiglas, abîmées, sales, et pleines de reflets. Dommage. Je ne reviens pas sur les nombreux panneaux rappelant l’interdiction de prendre des photos, qui eux aussi gâchent un peu le spectacle. Autre petit problème relevé en remontant la galerie vers la suite de la visite ; en marchant sur le plancher, on fait trembler le sol, dont les vibrations se répercutent dans les palanquins et les chaises à porteurs.
Juste avant de sortir de la galerie, je note au-dessus de la porte une caméra de sécurité, orientée de manière à filmer l’intégralité de la pièce. Comme toujours, je me demande si elle est réellement en fonction, ou juste là pour faire joli.

Deuxième salle
De très belles peintures murales du XVIIe siècle représentant des épisodes du Ramayana décorent cette seconde salle. Elles ont apparemment fait l’objet de restaurations, au parti-pris illusionniste ; elles sont repérables à la différence de vernis employé, et une très légère nuance dans les couleurs.
Là où les peintures n’étaient pas récupérables, un enduit blanc les remplace.
Des cartels, écrits à la main sur des plaquettes de bois, sont posés sur le sol.
La salle est dotée de très belles portes anciennes, malheureusement pourvues de loquets modernes, qui, s’ils renforcent la sécurité des lieux, défigurent leurs supports.

Photo d'une des peintures du Ramayana, trouvée sur le site Hindu Existence
 
Troisième salle
Cette « galerie hollandaise » retrace l’histoire de l’occupation néerlandaise à Cochin, à travers des timbres, des dessins, des plans, et de grands panneaux explicatifs.
Les vitrines destinées aux timbres sont relativement neuves ; mais le fond est fait de plastique à paillettes. Si l’on peut saluer l’originalité de la chose, on ne s’interrogera pas longtemps sur la raison de sa rareté dans les vitrines de musées.
Les arts graphiques exposés dans la pièce sont très abîmés, non seulement par l’absence de contrôle atmosphérique du musée, mais surtout par la lumière du soleil, qui vient parfois toucher directement les œuvres. Cette dernière est complétée par un éclairage au néon qui s’accorde assez mal avec les boiseries et les peintures murales du Siècle d’Or.
Par exemple, une grande carte de la côte de Malabar, de 1687, est devenue entièrement illisible.
De plus, les cadres sont souvent inadaptés, trop grands, trop petits, ou tout simplement trop vieux. Autre observation troublante, un cartel collé directement sur une gravure. Certains cartels sont traduits en anglais, mais pas la totalité.
Comme dans la plupart des musées indiens, une section numismatique rend hommage à cette passion intemporelle du pays.

Quatrième salle
Ici commence la Kerala History Gallery, qui court sur plusieurs salles, et constitue l’exposition majeure du musée. A première vue, il s’agit d’une grande exposition en cartons retraçant l’histoire de la famille royale locale, parallèlement à celle du Kérala (ou l’inverse). Premier bon point, cette exposition est trilingue : hindi, tamoul et anglais. On note là une réelle volonté d’être lu par un maximum de visiteurs. Des cartels uniquement en tamoul ne touchent que les indiens du sud ; les touristes venus d’Inde du nord sont aussi désarmés devant le tamoul que n’importe quel touriste international. Proposer cette version trilingue garantit d’être compris par tous les Indiens (ou presque, mais si on part dans le détail des quelques 300 langues parlées dans le pays, on va être bien embêtés), et de toucher le plus de touristes étrangers possible.
Le mauvais coté de l’exposition, comme nous venons de le dire, c’est qu’elle est en carton. Il est difficile de s’accrocher, de tout lire, notamment les listes généalogiques royales.
Ironiquement, c’est dans cette section que j’observe des ventilateurs dans les salles, là où il n’y a pas d’expôts à préserver.
Pendant notre visite passe une femme, apparemment du personnel du musée, avec un plateau de chai. La traditionnelle pause thé est donc tellement importante qu’on se permet de la prendre dans le musée ; je retrouve le plateau et ses tasses vides quelques salles plus loin, sur un banc XVIIIe siècle, entre deux portraits de rajas. Je connais quelques préventistes qui trouveraient à redire à la consommation de boissons dans les salles…

A la fin de l’exposition en cartons, un panneau explique la restauration du palais et la mise en place du musée. Je suis comme toujours ravie qu’on communique sur les coulisses du patrimoine ; des photos montrent par exemple la restauration des parquets de la première  galerie, ou des détails des peintures murales en cours d’études par les restaurateurs. Il est bien dommage de voir que les efforts prodigués à l’époque risquent d’être ruinés par le manque de continuité dans la politique de conservation.

Galerie des rajas
La fin de la « zone-carton » c’est aussi le retour des objets.
Dans cette galerie sont exposés sur les cotés les portraits en pied de tous les rajas de Cochin, dans un style clairement influencé par les portraits européens du XVIIe siècle. Encore beaucoup de textes explicatifs, pas toujours digestes, mais intéressants.
Au milieu de la salle sont disposés des effets personnels des rajas. Nous nous attardons pour admirer un superbe palanquin en ivoire, daté du XVIIIe siècle, dont les coussins sont soigneusement emballés dans du plastique, tels une banquette de rickshaw*. J’essaie d’éviter de penser aux conséquences de cet emballage durant la mousson.
Dans cette même galerie, où des banquettes permettent de se reposer un peu en admirant les tableaux, nous observons également le comportement des visiteurs. Nous voyons passer de nombreux groupes d’indiens, dont les caractéristiques sont les suivantes : les enfants sont lâchés et courent dans tous les sens, et les adultes sont à peine plus calmes. Toucher les objets semble très important, et nous voyons beaucoup de gens toucher les œuvres, d’un simple doigt négligent sur un cadre à des coups violents sur une sculpture. Le téléphone portable, devenu un élément essentiel de la vie quotidienne, est loin d’être banni du musée, et beaucoup de visiteurs téléphonent. D’autres s’en servent pour prendre des photos, à leurs dépens étant donnés l’efficacité, voire l’acharnement, des gardiens à faire respecter la consigne de l’interdiction photographique.
Je tiens à préciser que j’aimerais que ces commentaires sur le comportement des indiens ne soient pas mal pris ; ils sont basés sur l’observation des visiteurs, non seulement dans ce palais, mais dans de nombreux autres musées, monuments, temples, etc. Nous avons évidemment aussi vus beaucoup de gens se comporter de manière tout à fait appropriée et respectueuse ; mais de manière générale, nous avons été assez choqués par l’attitude adoptée, notamment le besoin compulsif de toucher les objets, et de taper dessus, geste très fréquent dont nous n’avons pas encore appris la signification. Chaque peuple, même si la généralisation est un piège, a ses travers, et je me permets d’en pointer quelques-uns du doigt, dans un but uniquement instructif, et dans un souci d’améliorer les conditions muséologiques que nous observons dans le monde. Chaque élève ou diplômé de l’Ecole du Louvre pourra d’ailleurs vous raconter ce qu’il a observé des habitudes de visites des japonais, des espagnols ou des américains… Je vous remercie donc par avance de ne pas prendre ombrage de mes propos, et de voir le bon coté des choses !

Pour revenir aux conditions d’exposition, de nombreux extincteurs sont disposés dans la salle. Dans cette galerie, l’éclairage des tableaux, plutôt réussi, est assuré par des LED qui semblent neufs. Quelques vitrines sont neuves elles aussi.
Par contre, il y a un gros problème de ventilation ; certains des ventilateurs datent à vue de nez des années 1950, beaucoup ne marchent pas, et il fait très chaud.

 Le symbole de la famille royale de Travancore, sur le pignon du palais

Salle d’armes
Un palais indien ne serait pas complet sans la collection d’armes de sa famille royale ; elle n’est pas immense mais de qualité, notamment une belle épée curvilinéaire appelée Vala, ou une série de Cinquedea.
En vis-à-vis, des panneaux explicatifs retracent l’histoire du kalaripayat, l’art martial traditionnel kéralais.

Salle royale
Cette salle expose des vêtements (différentes tenues pour les différentes occasions), du matériel liturgique (encensoir, aiguière…), des éléments de batterie de cuisine, ou encore du matériel de toilette. Sur des panneaux explicatifs sont montrés les régalia des rajas de Cochin.
Après un tour de la salle, je m’interroge sur la cohérence des expôts entre eux. Mon mari me propose comme explication que tous les objets exposés proviennent du palais et sont regroupés ici à ce titre. Certains des éléments de cuisine ont été offerts par des associations locales, et semblent illustrer la vie quotidienne de Cochin.
De belles photos datant d’entre 1880 et 1920 montrent les membres de la famille royale portant les différentes tenues traditionnelles, dont certaines sont exposées. La contextualisation par les photographies rend la visite agréable et didactique.

Salles des peintures murales
Ce sont les deux dernières salles de la visite, avant de revenir à la première galerie, puisque le musée fait une boucle, occupant tout l’étage de ce bâtiment de forme carrée.
Dans la première salle, une magnifique peinture de Visnu en posture royale, une iconographie appelée Thripunithara Appan ; elle est très restaurée, mais dégage beaucoup de puissance. Sur un autre mur, des sinopies témoignent de peintures murales jamais exécutées.

Visnu en posture de délassement royal, du site ssubbanna.sulekha.com , qui présente d'autres photos de peintures murales kéralaises.

La deuxième salle, bien mieux conservée, est recouverte du sol au plafond de magnifiques peintures, complétées par de très beaux linteaux de portes.

Sur Flickr, une belle photo de la peinture murale de Krishna s'amusant avec des bergères.

Liens utiles

* Aussi appelés tuk-tuk, petit taxi sur un moteur de scooter, le moyen de déplacement urbain privilégié en Inde et consorts.

mercredi 23 mai 2012

Sri Chitra Enclave, Thiruvananthapuram, Inde


L’accès à ce petit pavillon, à l’est du parc, est compris dans le billet d’entrée au Napier Museum. On paie cependant une roupie par paire de chaussures laissée devant le pavillon puisqu’il se visite pieds nus. 

Cette enclave modeste, baigné d’une lumière dorée, et qui doit mesurer dans les 80m2, est dédié à la mémoire du dernier héritier de la famille royale de Travancore, Chithira Thirunal Balarama Varma (1912-1991). Centré sur ce dernier, il évoque également l'histoire de la famille royale qui régna sur le Kérala. Dans l’ensemble, ces souverains ont entretenu ces derniers siècles une tradition de mécénat des arts, de l’éducation, et autres chantiers sociaux qui ont permis au Kérala d’être un des états les plus avancés de l’Inde actuelle (avec quand même son lot de soucis, ce n’est pas non plus idyllique, mais par exemple le taux d'alphabétisation le plus élevé d'Inde). Leur popularité auprès de leurs sujets a atteint un tel point qu’après l’indépendance, le premier gouverneur élu du Kérala n’est autre que… l’héritier de la famille royale. 

Vue du pavillon - on aperçoit par la porte le carrosse cité ci-dessous.

L’exposition consiste, sur les murs, en de grandes peintures naïves datées de 2006, dans un style qui se veut inspiré de la peinture murale traditionnelle kéralaise, légendées de textes bilingues tamoul-anglais. Chaque panneau représente une grande étape de l’histoire de l’état, comme l’arrivée des Portugais, les batailles contre les Hollandais, ou des moments plus intimes de la famille royale.
Au centre de la salle, des vitrines exposent des objets personnels de Sri Chitra, formant un ensemble assez touchant ; vêtements, lunettes, canne, pour le coté plus cérémoniel, mais aussi des croquis au fusain, ou encore un joli livre de contes anglais dont il a colorié les gravures.
Au fond, imposant en contraste avec les petits objets des vitrines, ou le coté « neuf » des peintures murales, est exposé un magnifique carrosse XIXe, doré et mouluré, prévu pour être tiré par six chevaux blancs, pour les parades du maharaja.

L’ensemble, empreint d’un kitsch tout à fait couleur locale, est très didactique, et assez intéressant, pour peu qu’on s’intéresse à l’histoire de la ville et de l’état, et que l’on ait le courage de tout lire.

Liens utiles :
Page d'informations des musées et zoo de Thiruvananthapuram, sur le site officiel du gouvernement kéralais

Napier Museum, Thiruvananthapuram, Inde


Thiruvananthapuram, aussi connue sous son nom colonial de Trivandrum, est la capitale du Kérala, dans le Sud-Ouest de l’Inde. Au nord de la ville, un joli parc abrite un grand jardin zoologique, un musée d’art et ses annexes, et un musée d’histoire naturelle. Les installations et initiatives culturelles sont importantes dans cette ville et dans cet état, qu'elles soient à l'initiative de la famille royale, ou de riches mécènes. Aujourd'hui, intéressons nous au musée d'art de la ville :

Le Napier Museum 

5 roupies par personne, photographie interdite, on entre avec les chaussures (c'est loin d'être toujours le cas en Inde).

Source : Wikimedia Commons

Rien que le bâtiment vaut le coup de se déplacer dans ce musée. Le musée lui-même est fondé en 1855 ; le bâtiment est détruit dans les années 1870 et remplacé par l'actuel édifice. Bâti en 1874 par Robert Chisholm dans un style indo-kéralais, caractérisé par de grands pavillons en bois et chaux, et mâtiné d’historicisme européen, il a donc été conçu pour son rôle de musée.
Au sommet de la colline centrale du parc, il domine l’ensemble de Museum Road, non sans rappeler le coté « temple des arts » des musées européens du XIXe siècle.
Il propose un grand espace muséographique, de plain pied, avec un grand hall, et deux larges couloirs latéraux qui mènent à deux ailes de chaque coté du pavillon central. Des tribunes courent à mi-hauteur des murs, comme des mezzanines, qui semblent abriter les bureaux de la conservation, des bibliothèques, et des objets. Les plafonds en bois peints sont superbes.



Les portes et les fenêtres ouvertes laissent circuler l’air chargé de la mousson, et entrer la lumière du soleil, bien qu’elle ne soit pas forcément dirigée vers les objets, dont les vitrines sont plutôt tournées vers l’intérieur du musée. L’éclairage effectif est assumé par des spots relativement neufs. Des ventilateurs opèrent une ventilation active, bien que comme dans la majorité des musées visités en Inde, la plupart soit extrêmement vétuste, ou plus simplement éteinte ou cassée.
Le mobilier n’est pas de première jeunesse, mais en bon état. Les vitrines sont toutes identiques, en bois et verre, donc pas toujours adaptées à leurs expôts ; c’est ainsi qu’on trouve de tous petits objets, type trois petits bronzes de 10 cm de haut, exposés dans une immense vitrine, assez grande pour accueillir un Nataraja de 1m20 de large. Le fond des vitrines, sur lequel sont posées les œuvres, est pourvu de petits trous réguliers, offrant une aération. Il n’y a aucune trace de contrôle atmosphérique dans les vitrines.
Au centre du hall d’entrée, une grande vitrine, abritant l’épée de Velu Thampi Dhalouva, reproduit le mandapa (pavillon) du temple de Thirunandikkara. La présentation est atypique, et impressionnante. Ce meuble, à la destination première d’être lui-même un expôt, connaît ainsi un recyclage intéressant. Sous l’épée, un gros bécher de gel de silice. C’est la première fois que l’on croise un effort de régulation de l’humidité depuis que l’on parcourt les musées indiens.
Derrière les vitrines, donc en grande partie cachés, les murs supportent des moulages de frises des grands temples de l’Inde du Sud. Je suppose que c’est un reste de la première décoration du musée. Moins poétiques mais plus rassurants, on aperçoit aussi des extincteurs derrières les vitrines, ces dernières étant d’ailleurs fermées à clef. Le minimum de sécurité est donc assuré. De nombreux panneaux « Do not touch » émaillent le musée, mais ne sont absolument pas respectés par les visiteurs, ce qui ne semble pas troubler les gardiens outre mesure.

Les collections sont très éclectiques.

Dans le premier espace, le hall, sont répartis autour de la vitrine-mandapa des bronzes kéralais (et quelques-uns en provenance du Tamil Nadu), du VIIIe au XIXe siècle, représentant les divinités du Panthéon hindou. Les représentations de Siva, surtout en Nataraja, dominent. Les cartels sont bilingues, en tamoul et anglais, et relativement complets : nom, date, lieu, et numéro d’inventaire. Certains vieux cartels sont faits à la main, au correcteur blanc, sur des plaquettes de bois. Aucune médiation n’est cependant proposée, et la plupart des iconographies complexes de l’art hindou restent hermétiques au profane.
Dans cette première section, on retient une très belle statuette de Gajathandava, du XVIIIe siècle, représentant une déesse dansante, le pied sur une tête d’éléphant. Elle se trouve en face de l’entrée, à gauche de la porte donnant sur le jardin.

Aucune indication de parcours n’est donnée, mais nous décidons d’explorer le musée vers la gauche (quand on entre dans le musée). Ce choix s’est avéré logique par la suite, puisque cette aile propose des collections indiennes, en continuité du hall, quand la seconde aile abrite des collections d’Asie du Sud-Est.

Dans le couloir, on trouve les collections d’objets en bois du musée, soient des figures sacrées, du mobilier, et de belles maquettes de temples d’Inde du Sud. L’ensemble est assez didactique, et on sent encore transparaître l’influence du musée XIXe sous la disposition des lieux.
Dans cette seconde section, on note un magnifique Vaisselier royal, au décor baroque assez délirant, ainsi qu’un Char de procession du XVIIe siècle, ancêtre des chars encore en usage aujourd’hui pour les fêtes hindoues, à la masse impressionnante.

L’aile Est, organisée autour du Char cité ci-dessus, abrite de petits objets, là encore perdus dans de grandes vitrines : des ivoires sculptés, classés par iconographie, soit hindoue, soit chrétienne, des statuettes de personnage du Kathakali, le théâtre classique kéralais, du matériel liturgique en bronze. Dans un coin, presque planqués, trois gros fauteuils désignés comme des « Royal chairs ». Certaines vitrines ont le fond cloqué par l’humidité.
Un bon tiers de l’aile est encombré par des vitrines vides, tassées les unes contre les autres. J’en conclus à l’absence de réserves, ou au moins de place pour le matériel non utilisé ; cette hypothèse est confirmée par une série de grosses céramiques chinoises, à vue de nez Qing, qui traînent un peu partout dans le musée, comme cale-portes, barrières devant les escaliers menant aux mezzanines, ou dispositifs de mise à distance.
Dans cette troisième partie du musée, on a beaucoup aimé la délicatesse des statuettes en ivoire, dont une Saraswathi et une Lakshmi, très fines, presque filigranées.

Intéressons nous maintenant à la deuxième aile du musée.

Le couloir qui y mène contient les collections lapidaires du musée, classées en rang d’oignon entre les statues hindoues et les statues bouddhiques. Il y a notamment de belles statues du Gandhara, du début de notre ère, mais dans l’ensemble, ces collections ne sont pas en très bon état.
Passé le lapidaire, la seconde partie du couloir et l’aile Ouest offrent des collections que j’ai envie de qualifier d’ « ethnographiques ». Classées géographiquement, elles proviennent de Java, Bali, Ceylan, ou encore Bornéo. La disposition des vitrines fait penser à l’étalage des résultats d’une mission d’exploration dans les contrées d’Asie du Sud-Est.
On y admire des céramiques et de l’orfèvrerie chinoise, une grande collection de personnages de théâtre d’ombre javanais. Cette dernière ne sera surement plus là dans quelques années, si elle demeure ensevelie sous la poussière, et en pleine lumière. Certaines pièces ont commencé à se déliter. Ces marionnettes sont constituées de bandelettes de papier peintes et perforées, reliées par des attaches métalliques, et actionnées par des bâtons de corne. Les parties métalliques ne peuvent que s’oxyder étant donnée l’humidité du milieu, et rongent le papier, qui finit par casser.
Une très belle collections de masques de théâtre balinais nous observe du mur d’en face. Les objets en plumasserie, en papier, et autres pigments naturels semblent beaucoup souffrir des conditions d’exposition, et sont peu mises en valeur. Dans certaines vitrines, la lumière est même en panne ; on préfère penser aux avantages que cela a sur leur conservation qu’aux inconvénients pour leur présentation. Parmi les dégradations observées, on note des dentelles indonésiennes clouées aux parois des vitrines, avec des clous de tapisserie rouillés.
Enfin, la visite se conclue sur trois vitrines d’instruments de musique, dont un violon qui semble un peu anachronique au milieu des sitars et des tablas. Au centre de la salle, une vitrine-table de numismatique (mon expérience indienne est peut-être encore un peu jeune pour que ce soit une certitude, mais la numismatique semble être plutôt en vogue auprès du public indien). On apprécie l’effort de présentation, puisque les plus petites pièces (entre 8 et 20mm de diamètre) sont présentées avec leurs agrandissements photographiques, qui, s’ils datent sûrement des années 50, ont le mérite d’exister.


            En somme, un musée au cadre magnifique, contenant de très belles collections, mais figé dans le temps, avec un fort besoin de révision des conditions de présentation des œuvres. Malgré de grosses lacunes dans la communication ou la conservation, on retient beaucoup de charme, et une désuétude finalement touchante.